Mon  nom est Victoire Peignois

Joseph et Victoire Peignois le jour de leurs noces.  A l’époque, il n’était pas rare que les femmes se marient en noir.

Lors de ces funestes journées, j’ai perdu mon  cher Joseph… Route de Gomery Au Ruau Rue du Château Cugnon Grand’Rue

On reparlera de Victoire à un autre endroit dans le site

Une aide inattendue venue de loin Victoire Peignois Victoire Peignois Clique sur cette photo pour la voir en grand Quel âge avait Victoire Peignois en 1914? Yvan Pierre 22-24 août

Mon nom est Victoire Peignois. Mon mari, c’est Joseph Pierre. C’est un homme brave et travailleur: il n’a pas peur de retrousser ses manches. Il travaille à l’usine comme mon aîné, Albert, qui vient tout juste de fêter ses 14 ans. Quant à moi, je m’occupe de la maison et de mes cinq autres enfants: Mathilde, 13 ans, Georges, 12 ans, Eugène, 7 ans et, enfin, ma petite Camille, 3 ans. Nous habitons, en plein cœur du village, au coin de la Grand Rue et la rue du Château Cugnon. Pour arrondir mes fins de mois un peu difficile, je tiens café à la maison. A l’époque, beaucoup de gens avaient un débit de boisson à la maison; rien que sur Ethe, en 1914, il y avait près de 60 cafés! Interdits de vente en Belgique, les alcools venaient directement de France; la frontière n’est qu’à quelques kilomètres. En revanche, la bière était bel et bien fabriquée au village qui comptaient plusieurs brasseries réputées.



Table2

Nous passons la journée du 22 dans la cave, et aussi celle du 23 août. Ces deux jours nous semblent interminables; heureusement, nous avons de l'eau et quelques vivres. Pourtant aujourd'hui, ils me semblent bien doux en regard ce que nous allions vivre le 24, la journée la plus effroyable de toute ma vie. La veille, les Allemands s'étaient déjà aventurés dans notre rue; nous avions aperçu des flammes s'élever de plusieurs maisons et les habitants en sortir la baïonnette vissée dans le dos. Où étaient-ils emmenés? Que devenaient-ils? Des cris de désespoir et des détonations ne laissaient rien augurer de bon. Blottis contre mes jambes, les petits, terrorisés ne cessaient de gémir tandis que Joseph tentait de voir ce qui se passait dans la Grand Rue via le soupirail. Le lendemain matin, le calme fut de courte durée. Les Allemands, en rage, visitèrent chaque maison, une à une. Ils n'ont pas tardé pas à nous découvrir dans la pénombre de la cave. Manu militari, nous sommes conduits hors de la maison sous les vociférations de la sentinelle: la lumière du jour nous brûle les yeux... Nous ne sommes pas les seuls; d'autres familles ont été délogées de leur cachette et attendent, abasourdies, les instructions. En cortège, nous empruntons la grand’ rue et descendons le long de la rue perdue. Ils nous donnent l'ordre de nous arrêter; ils séparent les hommes des femmes et des enfants. Alors qu'il se tient près de moi et de ses frères et soeurs, Albert est violemment poussé vers le groupe des hommes, avec son père... J'apprendrai plus tard que tous les deux ont été emmenés au «  Ruau  », un petit pré le long de la route vers Gomery. Il paraît qu'on leur a bandé les yeux avant de les exécuter...